Le vrai coût d'un bâtiment en bois massif
© GUILLAUME GORINI - STUDIO POINT DE VUE

ADRIEN GAUDELAS
CONSEILLER - DÉVELOPPEMENT DE CONTENUS DE FORMATION, CECOBOIS
Lorsqu’il est question de l’utilisation du bois dans la construction d’un bâtiment, l’imaginaire collectif évoque souvent des réalisations d’envergure ou des projets d’exception attribuables à leur design et leur performance. Ces projets vitrines ont contribué à associer le bois à des constructions prestigieuses, mais ils ne représentent qu’une petite partie de ce qui se construit réellement en bois au Québec et du potentiel de ce matériau.
Coût initial et coût global
À première vue, le bois massif est souvent perçu comme plus coûteux que l’acier et le béton, mais cette perception s’appuie souvent sur une analyse partielle. Lorsque l’on fait l’analyse de l’ensemble du bâtiment, il est possible de constater que le choix du matériau structurel ne se limite pas à la ligne « structure » d’un budget. Il influence les fondations, les réseaux mécaniques et électriques, la vitesse du chantier, les finitions intérieures, le confort des occupants et même la valeur de revente. C’est en prenant compte de l’ensemble de ces éléments que la comparaison entre les matériaux peut se faire adéquatement. Sachant que la construction d’un bâtiment de grande taille entraînera toujours un coût supérieur, peu importe le matériau choisi, une intégration optimisée du bois massif permet de maîtriser ces coûts et même de générer des économies à plusieurs niveaux.
Optimisation dès la conception
L’optimisation d’un projet en bois commence dès l’étape de la conception. Par une collaboration tôt dans le projet, entre les concepteurs, les ingénieurs, les fabricants et les entrepreneurs, on favorise l’adaptation du projet aux formats de production des fabricants de structures en bois et à leurs contraintes industrielles. Comme chaque fabricant possède ses formats optimaux de production, le respect de ces gammes permet de limiter les pertes de matière et les opérations coûteuses en adaptant le projet aux réalités industrielles tout en gagnant en efficacité.
Trame et standardisation
La trame du bâtiment est le premier outil pour économiser. Une trame régulière, alignée sur les formats des panneaux et les portées optimales, réduit la consommation de bois et simplifie la coordination entre les différentes parties prenantes.
C’est vrai pour n’importe quel projet, mais d’autant plus pour les projets en bois... Multiplier les sections de poutres ou inventer des assemblages uniques alourdit la conception et le travail sur le chantier. En uniformisant les choix réalisés, il est possible de gagner en rapidité et en simplicité, et ce, sans sacrifier la performance ! Une conception optimisée peut réduire de 10 à 20 % la consommation de matière simplement en affinant la trame et en choisissant les bons systèmes. Sur un projet d’envergure, cela peut représenter une économie de dizaines de milliers de dollars.
Économies indirectes et impacts structurels
Les avantages du bois massif se manifestent aussi dans les éléments connexes au système structural. Le bois massif agit comme un levier qui transforme l’ensemble du projet. Grâce à sa légèreté, le bois permet de réduire les coûts liés aux fondations. Un bâtiment en bois est environ cinq fois plus léger qu’un bâtiment en béton. Cela signifie moins de charges transmises au sol, des semelles moins massives, parfois moins de pieux. Sur un site où le sol est fragile, cette différence peut être importante. Juste pour cet élément, les économies liées aux fondations pourraient compenser la différence de prix, celui de la structure, par exemple.
Au-delà des finitions traditionnelles, le bois offre une multitude de possibilités en ce qui a trait aux finitions et, surtout, il a l’avantage de pouvoir rester apparent. Les poutres en lamellé-collé ou les panneaux en bois lamellé-croisé (CLT), remplissent à la fois une fonction structurelle et esthétique, réduisant ainsi le recours à des matériaux de parement et les coûts liés à la main-d'œuvre et les délais d’exécution.
Les percements pour le passage des éléments de ventilation ou des réseaux électriques peuvent aussi être un enjeu au chantier. Cependant, avec le bois massif, ces ouvertures peuvent être percées en usine, avec une précision millimétrique. Les conduits trouvent ainsi leur place naturellement, ce qui améliore la coordination entre les métiers et le montage au chantier peut se dérouler sans imprévus.
Préfabrication et rapidité de mise en œuvre
Aussi, la préfabrication des éléments structuraux contribue à une mise en œuvre rapide, limitant la durée des travaux, les coûts de chantier et les imprévus liés aux conditions météorologiques. À titre d’exemple, seulement quelques semaines peuvent être nécessaires pour ériger une structure grâce à des éléments préusinés, numérotés et prêts à être assemblés. Pour un promoteur, il s’agit aussi de revenus qui commencent à entrer plus tôt.
Comparaison avec l’acier et le béton
Les comparaisons de coûts directs entre le bois, l’acier et le béton omettent souvent certains facteurs clés. L’acier, par exemple, bien que rapide à monter, doit presque toujours être protégé contre le feu, nécessitant une peinture intumescente ou un encoffrement. Résultat : des coûts supplémentaires qui apparaissent rarement dans la ligne budgétaire « structure ». L’acier requiert aussi des habillages intérieurs pour répondre aux attentes esthétiques.
Pour sa part, le béton, perçu comme économique au mètre cube, entraîne des fondations massives et des délais liés au coffrage, sans oublier les temps de cure, ce qui se traduit aussi en coûts supplémentaires. Le béton brut est également rarement accepté comme finition, nécessitant des finitions intérieures supplémentaires. Le bois en revanche, bien que plus coûteux au départ, permet des fondations réduites, supprime une partie des finitions, accélère le chantier et simplifie la coordination des réseaux. L’addition de toutes ces économies potentielles modifie considérablement le budget global.
Approche holistique et coordination multidisciplinaire
L’optimisation d’un projet en bois massif ne repose donc pas seulement sur la réduction du prix unitaire d’une poutre ou d’un panneau. Afin de constater la vraie valeur du bois, il est important d’adopter une approche holistique : évaluer le coût global du bâtiment en tenant compte des interactions entre disciplines.
Une nouvelle façon de travailler en ressort : réunir autour de la même table architectes, ingénieurs, fabricants et entrepreneurs dès le début du projet. C’est au cours de ces échanges que naissent les solutions optimisées en amont au chantier : une trame adaptée, des percements intégrés et des choix assumés d’exposition du bois.
Bénéfices à long terme
Cette vision met aussi en lumière des bénéfices à long terme. En effet, le bois, moins conducteur que l’acier ou le béton, réduit les pertes de chaleur. Il améliore l’efficacité énergétique et le confort. Son caractère biophilique crée des espaces où il fait bon vivre et travailler, ce qui ajoute de la valeur pour les usagers et les propriétaires.
Plusieurs projets démontrent ces avantages :
- Des écoles livrées plus rapidement grâce à des panneaux en CLT qui ont permis de fermer le bâtiment en quelques jours. Les classes ont été livrées à temps pour la rentrée, sans recours à des modules temporaires coûteux. Les coûts évités en location d’espaces transitoires ont suffi à justifier le choix du bois.
- Des immeubles de bureaux où les poutres en bois lamellé-collé ont été laissées apparentes. Les plafonds suspendus ont disparu du budget, les espaces se sont transformés en lieux de travail chaleureux et la valeur locative s’en est trouvée augmentée.
- Des projets hybrides où le bois s’allie à l’acier ou au béton. Un plancher mixte bois-béton a permis d’utiliser moins de bois tout en profitant de l’inertie du béton. De grandes portées ont été franchies grâce à des solutions bois-acier, alliant légèreté et résistance. Dans chaque cas, le mélange des matériaux a permis d’optimiser à la fois le coût et la performance.
Le bois massif n’est donc pas un matériau de prestige réservé qu’à des projets emblématiques. Il s’agit avant tout d’un système constructif efficace et capable d’offrir des économies réelles lorsqu’il est intégré de manière cohérente.
Les principaux leviers pour optimiser un projet en bois massif sont :
- Travailler tôt avec les fabricants et concepteurs ;
- Définir une trame rationnelle et uniforme ;
- Considérer les économies indirectes liées aux fondations, aux finitions, aux installations et à la durée du chantier ;
- Adopter une approche holistique qui évalue le coût global du bâtiment.
Le bois n’est pas seulement un choix esthétique ou écologique, mais un levier économique puissant. Il suffit d’élargir la perspective et de regarder le bâtiment comme un tout.