BOIS MASSIF
Les stratégies de protection des éléments en bois massif à considérer au chantier

MYRIAM DROUIN
CONSULTANTE - SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE
Il est bien établi que les détails de conception jouent un rôle déterminant dans la durabilité d’un bâtiment en bois. Le bâtiment doit avoir « les bonnes bottes et le bon chapeau » afin de protéger des intempéries ses éléments structuraux en bois. Néanmoins, l’expérience démontre qu’il est tout aussi essentiel de considérer les autres étapes du cycle de vie du bâtiment pour garantir sa durabilité.
De la fabrication des éléments structuraux en bois à l’usine, en passant par leur transport et leur entreposage au chantier, de la phase de construction du bâtiment jusqu’à son exploitation, différentes sources d’exposition à l’eau et à l’humidité peuvent avoir un effet sur ces éléments. Une exposition prolongée à la neige, la pluie, l’eau stagnante ou à une humidité excessive peut entraîner une détérioration du bois ou encore causer la corrosion des connexions. La mise en place d’une bonne stratégie de gestion de l’humidité et de mesures de protection permet de prévenir ou limiter ces impacts. Cette stratégie doit être basée sur une évaluation préalable des risques, qui vise à identifier les différentes sources d’exposition potentielles. On parle notamment du climat et la saison pendant la construction, des caractéristiques du bâtiment et des éléments structuraux en bois choisis ainsi que de la séquence de construction qui influence la durée d’exposition de ces produits du bois aux intempéries. Cet article s’intéresse plus particulièrement aux stratégies de protection qui peuvent être mises en place au chantier afin de prévenir des problèmes d’eau et d’humidité pour les bâtiments en bois massif. Les connaissances présentées ont principalement été puisées dans les ouvrages suivants publiés par FPInnovations (Wang, 2016 ; Karacabeyli & Gagnon, 2019 ; Stirling & Wang 2020 ; Boivin et al., 2025).
Les produits en bois massif tels le bois lamellé-collé et le bois lamellé-croisé (CLT) sont généralement plus sensibles à une exposition prolongée à l’eau et à l’humidité, en comparaison au bois d’œuvre, considérant leur structure lamellée qui peut emprisonner l’eau et leur composition massive qui leur confère une plus faible capacité de séchage. De plus, que ce soit pour des raisons de sécurité incendie ou de performances techniques, ces éléments peuvent être encapsulés dans le bâtiment par des matériaux peu perméables à la vapeur d’eau tels le gypse, des membranes ou une chappe de béton, etc. Si leur taux d’humidité est trop élevé avant l’encapsulation, ils peuvent à long terme présenter un risque de croissances fongiques pouvant ultimement mener à des problèmes structuraux.
Parmi les stratégies de protection des panneaux en CLT et des éléments en bois lamellé-collé contre le mouillage excessif au chantier, certaines mesures sont simples et peuvent s’appliquer à tous les produits du bois. Il s’agit, par exemple, de conserver les emballages d’origine jusqu’à l’installation, de recouvrir les paquets d’une bâche imperméable ou de tentes pendant l’entreposage au chantier ou, encore, de les surélever pour favoriser la circulation d’air et éviter le contact avec l’eau et l’humidité du sol.
D’autres mesures sont davantage d’ordre logistique. Une coordination réfléchie des étapes de construction est cruciale pour limiter les risques de mouillage des éléments structuraux en bois massif. Il s’agit, par exemple, de programmer la construction pendant une saison plus sèche et d’optimiser les étapes de construction afin de limiter au maximum le temps d’exposition de la structure en bois aux intempéries. Il est suggéré notamment de prioriser un haut taux de préfabrication, une livraison juste à temps de ces éléments structuraux en bois au chantier et une installation rapide dès leur livraison. Pendant la construction, il est également souhaitable d’ériger le plus rapidement possible la toiture et les murs extérieurs, ainsi que de fermer les ouvertures afin de minimiser l’intrusion de neige et de pluie dans le bâtiment.
Parmi les mesures plus spécifiques au bois massif, il est possible d’assurer une protection temporaire ou permanente à l'aide d’enduits hydrofuges ou de membranes résistantes à l’eau, appliqués en usine ou au chantier, dans le but de réduire leur absorption d’humidité. Les toitures et les planchers étant des éléments horizontaux plus à risque d’accumulation d’eau, leur besoin en protection est plus grand.
Les enduits hydrofuges sont une méthode relativement simple pour améliorer l’étanchéité des éléments structuraux en bois massif. On suggère d’appliquer ces enduits, en usine et (ou) au chantier, principalement aux extrémités des éléments en bois lamellé-collé et CLT ainsi qu’à l’intérieur des trous et des ouvertures faites dans ces pièces. Si des coupes sont nécessaires au chantier, l’enduit scellant devrait également être appliqué aux extrémités fraîchement coupées. Dans le cas des planchers et des toitures en CLT, ces enduits devraient également être appliqués sur les surfaces horizontales de CLT, aux extrémités des panneaux et sur les joints à languettes.

En guise de solutions de rechange à ces enduits, il est également possible d’appliquer des membranes, de façon permanente ou temporaire, en usine ou au chantier. Parmi l’éventail de produits existant, les membranes peuvent être perméables ou imperméables à la vapeur, fixées mécaniquement ou autoadhésives. Lorsque des membranes de protection autocollante temporaires ont été installées en usine sur les éléments en bois massif, il est suggéré de conserver ces membranes pendant le transport et l’entreposage au chantier, mais également aussi longtemps que possible pendant la construction, soit jusqu’à ce que les murs soient fermés.
Lorsqu’appliquées de façon permanente, certaines de ces membranes peuvent avoir une fonction dans l’enveloppe du bâtiment en service. Notons que le scellement de ces membranes au chantier, permanentes ou temporaires, est une étape décisive afin d’assurer une continuité de la membrane et ainsi d’éviter des infiltrations d’eau sous celle-ci. Différentes méthodes existent pour sceller les joints de ces membranes, par exemple des rubans adhésifs ou une soudure à chaud.
De plus, dans toutes les situations où les produits en bois massif sont recouverts par des éléments peu perméables, que ce soient des membranes, du gypse ou une chappe de béton, il faut s’assurer que le bois ne soit pas trop humide avant l’encapsulation.
La meilleure méthode pour assurer une construction en bois durable consiste, avant toute chose, à prévoir et à empêcher l’accumulation excessive d’humidité et d’eau et d’assurer un séchage contrôlé du bois mouillé pendant la construction et la phase d’occupation. Une validation de la teneur en humidité avant l’encapsulation permettra à l’équipe de construction d’assurer la pérennité des assemblages à long terme (Boivin et al., 2025).
Parmi les autres mesures de protection qui peuvent être déployées au chantier, on peut également envisager d’avoir recours à l’installation de toiles, toitures ou tentes temporaires au-dessus du bâtiment comme stratégie de gestion de l’humidité complémentaire ou en remplacement des stratégies précédentes.
Enfin, malgré les mesures de prévention mises en place, il se peut que des stratégies de gestion active de l’eau au chantier soient tout de même nécessaires si jamais de l’eau, de la neige ou de la glace entrent dans le bâtiment. Il faut retirer ces éléments sans délai de toutes les surfaces horizontales en bois massif installées. Des drains ou des tuyaux de descente peuvent être nécessaires pour recueillir et drainer l’eau de pluie. Il peut également être nécessaire d’activer un séchage naturel ou mécanique en cas de mouillage excessif des éléments en bois massif.
En conclusion, retenons qu’une stratégie efficace de protection des éléments en bois massif au chantier regroupe plusieurs actions complémentaires, de la protection temporaire des paquets par des emballages, des bâches ou des tentes avant leur installation, jusqu’à la protection directe des éléments en bois par des enduits et des membranes limitant l’absorption d’humidité pendant la construction, en passant par des mesures mécaniques pour accélérer le séchage du bois. Ces mesures doivent être sélectionnées à la suite d’une analyse des risques propres à chaque bâtiment et chantier et en fonction des budgets disponibles.
Références
1. Wang, Jieyling (2016), On-Site Moisture Management of Wood Construction, FPInnovations, 28 p. [https://cwc.ca/wp-content/uploads/2016/01/Site-Moisture-Protection-Materials-for-Durability-website-V2.pdf.]
2. Stirling, Rod & Wang Jieying (2020), On-Site Moisture Protection of Mass Timber, FPInnovations. WP InfoNote 2020 no. 19. 5 p. [https://library.fpinnovations.ca/link/fpipub7899]
3. Boivin, Gabrielle, Schorr Diane & Wang Jieying (2025), Fiche de bonnes pratiques. Gestion de l'eau et de l'humidité, chantiers de construction en bois, FPInnovations en collaboration avec Ressources Naturelles et Forêts Québec, mars 2025, 31 p. [https://library.fpinnovations.ca/link/fpipub11123]
4. Karacabeyli, Erol & Gagnon Sylvain (2019), Manuel canadien sur le CLT. Édition 2019. Volume 1, FPInnovations, Publication spéciale SP-532F. [https://web.fpinnovations.ca/fr/clt/]